Quand on met un jour le pied dans l’ultra-cyclisme, difficile de ne plus y revenir. Les sensations, les émotions que j’y trouve, je ne les retrouve nulle part ailleurs. L’adrénaline, la liberté, le voyage intérieur et la découverte de nouveaux lieux : tout ce mélange, c’est ce que j’aime dans l’ultra. Et c’est ce qui me donne envie d’y retourner.
Pour 2026, je voulais revivre ça après l’avoir vécu sur le Bikingman AURA en 2025. Et, quoi de mieux que d’aller à la découverte d’un nouveau pays par la même occasion. Traverser un pays d’une mer à l’océan, c’est plutôt stylé, non ?
Me voilà ainsi inscrite en octobre 2025 pour traverser l’Espagne depuis Aguilas jusqu’à Santander : un peu plus de 1000 km pour environ 10.000 d+. Cette fois, j’ai envie de me challenger en allant aussi chercher un temps, pour pouvoir travailler ma vitesse pendant ma saison.
La course a lieu du 16 au 20 septembre 2026, ce qui me permet facilement d’y intégrer des objectifs intermédiaires (Last Man Riding, Etape du Tour) et de boucler ma saison par ce beau challenge.
Toute ma saisons s’est très bien déroulée. Je suis toujours accompagnée par mon coach et j’ai pris énormément de plaisir à m’entraîner durant toute ma saison.
J’arrive à Águilas 48h avant le début de la course. J’ai bien le temps de préparer mes affaires, de me mettre dans ma bulle. Je déteste être dans la précipitation. Très vite, j’ai hâte de prendre le départ. Attendre devient long.
Mercredi 16 septembre : c’est le jour j. Je finis tranquillement de préparer mes affaires pour la vérification du vélo et du matériel obligatoire à 14h. Je veux y être dès le début pour avoir le temps de faire une dernière sieste au calme dans mon airbnb. Je suis ainsi la première à récupérer mon dossard puis je passe faire vérifier le matériel obligatoire. Tout est bon. J’ai le feu vert. Je retourne tranquillement au airbnb, je grignote et je me pose une petite heure en essayant de dormir.
Vers 16h45, je commence doucement à me préparer : cuissard, maillot, crème anti-frottements, etc. J’essaie de ne rien faire dans la précipitation pour ne rien oublier. Je suis sereine. J’ai tellement hâte. Trois jours que je n’ai pas mis les fesses sur mon vélo et ça me manque déjà. Je pars tranquillement vers 17h30 pour être au briefing à 18h. J’attends sagement sur place le moment du briefing.
Vers 19h40, je commence doucement à me rapprocher de la zone de départ. J’allume mon GPS, charge le parcours et continue d’attendre le départ. Le parcours est tellement long qu’il a du mal à charger sur mon GPS, et plus l’heure de départ approche, plus ça m’inquiète légèrement. Je prends mon mal en patience en me disant que c’est normal que ce soit long à charger. Je récupère ma balise pour le suivi live. Le départ n’a jamais été aussi proche. Mais, en attendant, ma trace ne charge toujours pas et je commence à comprendre qu’il y a quelque chose qui cloche. Pas le temps de regarder ce qui ne va pas car mon départ est tout proche. A 20h, le premier départ est donné. Un participant part toutes les trente secondes. Mon départ est à 20h05, ainsi arrive très vite mon tour : photo de départ et hop, 3, 2, 1, c’est parti ! ça y est, je suis lancée sauf que mon GPS, lui, n’est toujours pas prêt…
J’essaie de suivre les premiers coureurs au loin. C’est déjà la panique. Bordel, j’avais largement le temps de m’occuper de ça avant. Mon GPS ne veut toujours pas me localiser. Je m’aperçois qu’il est resté bloqué en Haute-Savoie. Je décide de m’arrêter deux secondes car je ne peux pas continuer à suivre des participants pour savoir où aller. Voyant que j’avais reçu un petit message d’encouragement de Anne (rencontrée sur le Bikingman Aura l’an passé), je lui soumet mon soucis puis on s’appelle. Il aura finalement fallu que je force l’arrêt du GPS puis que je le rallume pour que, enfin, mon GPS me localise en Espagne et que mon parcours se charge sans problème. Ouf. J’aurais perdu dix minutes mais au moins, c’est réglé.
Maintenant, je me sens à la ramasse alors je mets un peu de rythme tout en essayant de ralentir mon rythme cardiaque dû à ce petit coup de stress. Je mets quelques minutes à redescendre un peu et à me mettre dans la course. Je m’en veux de ne pas m’être préoccupée de ça avant alors que j’avais largement le temps. ça me servira de leçon et d’expérience pour les prochaines fois. Je rattrape quelques participants. Je ne sais pas si je roule un peu trop vite ou si c’est le bon rythme pour avancer. Je n’ai aucune envie de me brûler les ailes dès le début. La première montée est là. Je trouve mon rythme, puis avant de basculer dans la descente, je croise l’équipe média :
Après une longue descente, je trouve enfin un rythme de croisière sur le plat, tranquillement posé sur mes prolongateurs. C’est tout plat. Je tourne les jambes facilement. Il y a des éclairs au loin. C’est beau, mais je suis à la fois terrifiée. Aucune envie que l’on se prenne un orage sur la tête pendant la nuit. D’autant plus que je n’observe aucun endroit où je pourrais me protéger. J’essaie de faire abstraction de ces éclairs et j’avance. Ensuite, s’enchaînent des routes assez longues et monotones, puis on traverse un village, puis de nouveau une longue route. Je m’alimente régulièrement entre barres, noix de cajou et une de mes gourdes remplit de glucides/électrolytes. Mais très vite, je rencontre un nouveau problème. Mon niveau d’eau dans mes gourdes diminuent et je galère à trouver de quoi me ravitailler. à chaque passage dans un village, je guette la moindre possibilité de trouver de l’eau : un parc, un distributeur automatique, une gare, mais rien. Je ne trouve rien. J’arrive dans un village avec l’espoir d’y trouver de l’eau et je ressors sans en avoir trouvé. Cela devient critique car je dois, et me rationner en eau, et en nourriture, car plus je mange, plus j’ai soif. Je reste dans cette situation pendant environ deux/trois heures, jusqu’à ce que je trouve, enfin, des fontaines vers 5h du matin. Hallelujah! Je peux continuer mon chemin plus sereinement. Il est à peine 7h quand je fais ma première mini sieste sur un arrêt de bus. Je mets un minuteur : dix minutes max et je repars. Déjà 200km de faits en moins de 11h. Je suis vraiment contente, je suis sur un bon rythme. Les premiers messages d’encouragement arrivent en même temps que le lever du jour. ça fait hyper plaisir de se sentir soutenu et ça me booste à continuer de la sorte.
La prochaine mission, c’est de me trouver à manger. Je ne suis pas dans l’urgence, mais j’aimerai manger quelque chose de plus consistant que des barres et des noix de cajou. Une fois de plus, je guette chaque coin de rue de village par lesquels je traverse en espérant trouver quelque chose. Je finis par trouver une cafétéria près d’une station essence. J’y retrouve par ailleurs un autre participant. ça fait plaisir car je croise très peu de monde, ce qui s’explique aussi par le fait qu’on soit très peu de participants (une petite soixantaine). Je m’achète un coca et un sandwich. Je mange mon sandwich et je garde mon coca pour plus tard. Je profite de ce petit arrêt pour mettre mes jambières car les températures sont assez fraiches le matin.
Je repars, de nouveau sur une longue route droite jusqu’à la prochaine ville. Je me sens bien, j’ai ma musique dans les oreilles. Il ne fait pas chaud, mais je n’ai pas spécialement froid. Et puis d’un coup, je suis surprise par la voiture média de la course. Quelques questions, des encouragements, des photos, et ils repartent voir un autre participant plus loin.
J’arrive à Ayora, km 274. Je m’arrête de nouveau à une station essence pour m’acheter de nouveau quelques trucs à manger/grignoter pour la suite. Je repars, les paysages changent enfin. Fini les longues lignes droites, enfin des montées et des descentes intéressantes. Mentalement, cela fait du bien de voir d’autres choses que des longues lignes droites.
KM 300, j’arrive dans un petit village et la parcours s’engage sur une petite portion gravel. Je serre les fesses. Hors de question de subir une crevaison alors que je suis sur un bon rythme de course. Et puis, la portion se complique quand il faut remonter. Je suis obligée de poser pied à terre et de marcher à côté de mon vélo pour finir cette portion et ce, à deux reprises. Après ce passage, je retrouve enfin des petites routes goudronnées, dans la nature, jusqu’à Casas del Rio. Je trouve une fontaine et je refais le plein d’eau avant d’attaquer le premier col de cette course : 7,7km à 4,2%, avec pas mal de passages à 9%. Je monte tranquillement, à mon rythme. J’essaie de profiter des paysages, très verts et secs à la fois. Je m’arrête quelques minutes là-haut pour manger, puis je repars tranquillement pour la descente. Tout se déroule merveilleusement bien. Je retrouve très vite de nouveau de longues routes droites. Je suis toujours bien dans les temps souhaités.
Vers 18h, je commence à faire des micro-siestes toutes les heures sous les conseils de mon coach. Je ne réfléchis pas, je me pose dans un petit coin à chaque fois en bord de route, sans oublier de mettre mon minuteur, 10 minutes max et hop, j’essaie de me reposer au maximum. Puis, je repars. La suite du parcours est en descente, une descente assez raide mais qui nous fait entrer dans un genre de canyon en terre rouge. C’est magnifique. Je traverse le petit village d’Ademuz, je m’arrête acheter de la nourriture pour la nuit dans une petite supérette et je recroise le même participant vu à la station essence quelques heures plus tôt dans la matinée. Il m’annonce qu’il s’arrête ici pour dormir un peu. De mon côté, je continue ma route et mes micro-siestes régulièrement. Quelques kilomètres plus loin, je m’arrête sur un arrêt de bus. J’en profite pour me brosser les dents. J’ai la pâteuse et c’est assez insupportable. Je remarque que je suis à quasiment 24h de course pour 420km environ. Je suis super contente, mais j’appréhende la gestion de la deuxième nuit.
La nuit tombe. Je continue mes micro-siestes toutes les heures. Les messages d’encouragement que je reçois me boostent. Je sais que je suis première féminine depuis un moment, les sensations sont là, tout va bien. Je suis sur mon petit nuage. Mais pour combien de temps encore ?
Je suis sur le point d’entamer 60 km de plat, dans la nuit et ça devient très vite un enfer. Même si je continue mes micro-siestes, je n’arrive pas à lutter contre l’envie de dormir. Je vois au loin les lumières des prochaines villes, mais j’ai l’impression de ne jamais m’en rapprocher. J’ai constamment les yeux rivés sur mon compteur, espérant voir rapidement diminuer le kilométrage avant la prochaine intersection. Les lignes blanches de la route m’endorment. Vers 2h du matin, alors que je sais que ce n’est pas le plan initial, je décide de m’arrêter dormir une heure dans mon bivy. Je me trouve un petit coin, pas du tout à l’abris du vent, mais je n’arrive plus à continuer. Chaque minute me paraît interminable et je n’ai rien pour me divertir : plus de batterie dans mes écouteurs, pas énormément sur mon téléphone, je dois me divertir moi-même, mais je n’y arrive pas.
Après cette heure de sommeil, ça va mieux. J’ai froid, mais je me sens d’attaque pour repartir direction la base de vie, une centaine de kilomètres plus loin encore. Mais ce regain d’énergie sera de courte durée. Une heure après, je recommence à lutter contre l’envie de dormir. Je tiens bon, comme je peux. Je refais quelques micro-siestes avant une longue descente vers Calatayud. Le jour se lève doucement. Enfin ! C’est fou à quel point l’envie de dormir s’arrête brutalement lorsque le jour se lève.
Une fois arrivée à Calatayud, je rejoins la base de vie. Je récupère mon drop bag. Je change de cuissard pour limiter les frottements, même si je n’ai eu aucun soucis jusqu’ici. Merci la crème Muc off. Je mange un repas chaud. Je me repose une bonne demi-heure. Je ne traine pas trop, car je sais que j’ai perdu pas mal de temps malheureusement cette nuit sur mes temps. Je ressors de la base de vie après y être restée environ 1h30.
Les paysages qui vont suivre jusqu’à l’arrivée vont être assez dingue. Je me retrouve de nouveau sur de longues routes, mais j’ai comme l’impression d’être dans le désert. C’est assez fou. Mentalement par contre, je suis au plus bas. Je ne le sais pas encore, mais j’entame 80km sur la même route jusqu’à la prochaine grande ville, Soria. Je n’ai aucun moyen d’échapper à l’ennui de cette route : il n’y a rien de transcendant autour de cette route, je n’ai pas recharger mes écouteurs à la base de vie, car ce n’était pas la priorité et je préserve la batterie de mon téléphone. Je prends mon mal en patience. Un coup de pédale après l’autre. Mais c’est également durant cette partie qu’une douleur à mon genou gauche va venir compliquer les choses. Je ne sais pas d’où sort cette douleur. C’est la première fois que j’ai mal à un genou en faisant du vélo alors que je n’ai rien changé à mon vélo avant le départ. Ai-je pris une mauvaise position sans m’en rendre compte ? Je ne sais pas. La douleur est supportable, alors je continue de prendre mon mal en patience.
J’atteins enfin Soria. C’est une grande ville qu’on traverse. C’est plutôt épuisant à traverser : faire attention aux automobilistes, bien regarder où je dois aller pour ne pas me perdre, essayer de regarder si je peux m’arrêter acheter quelque chose à manger. Mais je percute qu’on est en plein après-midi et qu’il n’y a pas grand chose d’ouvert à cette heure-ci en Espagne.. Tant pis, je prends le risque de continuer sans savoir quand sera la prochaine ville. Je suis bien contente d’enfin sortir de cette ville : beaucoup de traffic, une déviation qui me fait sortir de la trace et dont je galère à la retrouver quelques kilomètres plus loin.
Je fais une petite pause une bonne dizaine de kilomètres plus loin pour faire le point. Je trouve sur google maps un petit village légèrement en dehors de la trace avec une petite supérette qui ouvre à 17h. Parfait pour me ravitailler un peu avant la future nuit et surtout avant la plus grosse ascension du parcours : le col de Santa Inès. J’ai le temps d’y aller tranquillement. Je longe un barrage avec un lac et une forêt tout autour qui tend déjà sur des couleurs automnales. C’est très beau. Puis, je rejoins finalement rapidement le petit village de Vinuesa, pile à l’heure pour l’ouverture de la supérette. J’en profite pour demander au propriétaire si je peux recharger mon téléphone et ma batterie externe le temps de ma petite pause, car tout mon électronique est presque à plat. Clairement, de ce côté-là, c’est un peu la merde pour la suite de la course. Je prends ainsi le temps de manger, de jeter mes déchets à la poubelle, de boire, puis je repars au bout de vingt minutes. Je démarre ensuite l’ascencion du col : 7,25km à 6,2% et pas mal de passages à 8-9%. J’ai mal à mon genou, c’est dur, mais je prends mon mal en patience. Je suis déjà contente de faire ce col bien avant que la nuit ne tombe et surtout pour éviter le froid, car le sommet culmine à plus de 1.700m d’altitude.
Je mets une heure à faire l’ascension. Il est quasiment 19h lorsque je suis en haut, au kilomètre 740. Maintenant, c’est beaucoup de descente. Je remets mes jambières et ça repart. La descente est incroyable. C’est tellement beau. Je prends vraiment du plaisir. Je suis tellement contente d’avoir passé un cap en descente. J’en profite beaucoup plus. La descente est très longue, j’ai enfin l’impression de rattraper mon retard. Mais je commence à réfléchir à comment je vais gérer mon soucis de batterie sur mon matériel électronique. Très vite, je songe à prendre une nuit à l’hotel pour dormir un peu et charger mon matériel. Ce n’est pas le plan, mais malheureusement, j’ai merdé sur la gestion de mes batteries.
Il commence à faire nuit vers 20h. Je distingue les silhouettes des paysages autour du parcours et des petits villages ancrés dans les roches. ça a l’air magnifique et ça donne clairement envie de revenir ici. Je décide de m’arrêter checker où je peux faire une pause pour cette nuit. Je trouve un hôtel tout juste sur la trace à Navarrete. J’y arrive pour 22h, kilomètre 800. J’essaie de ne pas trainer : je me mets mon réveil à 00h30, je branche tout mon électronique, un petit check aux messages et je file dormir deux heures.
00h30, le réveil sonne. Je n’ai pas l’impression d’avoir vraiment dormi. Je me rhabille et je sors de l’hôtel. Mon genou me fait mal. Je serre les dents en remontant sur le vélo. Il me reste 250 kilomètres avant l’arrivée. Je sens que cette petit nuit m’a fait du bien, je me sens d’attaque, mais ce sera malheureusement de courte durée. A peine deux heures plus tard, l’envie de dormir refait surface. Je recommence à faire des micro-siestes comme la nuit précédente, mais à chaque fois que je repars, dans les dix minutes qui suivent, l’envie de dormir est toujours là. J’ai l’impression de ne pas avancer et de m’arrêter beaucoup trop souvent, de trouver des excuses pour m’arrêter faire des siestes. C’est long. Je n’attends qu’une chose : que le jour se lève.
Le jour se lève enfin vers 7h30 et je passe un coup de fil à Charlotte, ce qui me re booste pour la dernière ligne droite. Le jour se lève, mais c’est dans une petit brume fraiche. La suite reste assez longue et monotone : toujours de longues lignes droites et mon genou continue de me titiller. J’essaie de mouliner pour ne pas avoir trop mal. C’est long mais j’essaie de tenir bon, je sais que c’est la dernière journée et que dans quelques heures, c’est déjà la fin de cette aventure.
Vers 10h, le soleil pointe enfin le bout de son nez et ça me donne un regain d’énergie. C’est fou comment un rien pour faire switcher le mental. J’arrive à remettre des watts, je sais qu’il reste deux bosses avant de basculer vers Santander. C’est un faux plat montant jusqu’au kilomètre 950 où débute l’ascension du col de las Estacas de Truebas, 9,2km à 3,1%. C’est magnifique, je suis reboostée, j’ai mis ma musique. Rien ne peut m’arrêter. Le col est magnifique, comme un air de Pyrénées, c’est incroyable la diversité des paysages qu’il y a en Espagne ! Je profite de chaque kilomètre car il me reste déjà moins de 100 kilomètres. La fin est si proche. Je monte tranquillement, à mon rythme. Je ne pense pas trop à mon genou et la douleur est moins présente. C’est que du bonheur. C’est assez bizarre de ressentir ça alors que quelques heures auparavant, c’était tout l’inverse, mais c’est la magie de l’ultra.
Une fois en haut, la descente est incroyable. On peut apercevoir les lacets dans la montagne. C’est magnifique ! Je savoure ces kilomètres. Je tourne un peu les jambes dans la descente pour ne pas les refroidir avant la dernière petite bosse. J’arrive à Vega de Pas et c’est parti pour la dernière ascension de ce parcours : le col de la Braguia, 6km à 6,1%. C’est beau, il fait chaud. Je compte les kilomètres, il me paraît super long. Je vois la fin de la montée avec la petite cabane en haut. C’est un peu comme le Ventoux : tu vois le sommet, mais tu en es encore loin. Un coup de pédale après l’autre, je m’en rapproche. Un kilomètre restant : la route me paraît interminable. Je m’accroche. 500 mètres et je bascule. 400 mètres et je bascule. 300 mètres et je bascule. J’ai les yeux rivés sur mon GPS pour voir diminuer la distance restante avant le sommet. 200 mètres et je bascule. 100 mètres et je bascule. Bordel, je suis au sommet. C’est parti, ça bascule dans la descente. C’est bon, il n’y a plus aucune difficulté maintenant.
Une fois la descente du col terminé, je passe m’acheter un dernier coca pour les derniers 50km, puis je trace direction l’arrivée. Je suis sur un faux plat descendant, posée sur mes prolongateurs. J’oublie ma douleur au genou et j’appuie sur les pédales. Je veux rallier l’arrivée le plus rapidement possible. Je sens que je me rapproche de la côte car je passe au travers de différentes villes, j’enchaîne les différentes pistes cyclables, de longues pistes cyclables d’ailleurs. C’est interminable. Quand est-ce que j’arrive bordel ? Je traverse différentes villes mais toujours pas de signe de Santander. Et puis, au détour d’une énième piste cyclable au bord de l’aéroport, j’aperçois enfin le panneau Santander. Je crois être proche de l’arrivée, mais non. Il va encore falloir que je prenne mon mal en patience. Une piste cyclable interminable dans la ville, le long de la côte, entre les gens qui se baladent, les autres cyclistes, c’est interminable. Qui a eu cette idée ? Et puis, au détour d’un rond point, c’est enfin le moment où j’aperçois le parc des expositions. C’est là, c’est ici l’arrivée. Je longe le trottoir, rentre dans palais et arrive à l’arrivée sous les applaudissements de l’organisation.
A peine je pose le pied au sol, que je suis félicitée, gâtée de cadeaux pour ma première place féminine après 69h10 de course.
Même si avec le coach, on visait de se rapprocher au maximum des 60h, je suis tout de même hyper contente de ma course. J’avais comme objectif au début d’année, en reprenant le coaching, de faire moins de trois jours, voire deux jours et demi et c’est chose faite. La cerise sur le gâteau, c’est cette première place chez les femmes. J’ai tout de même du mal à mettre de la valeur là-dessus car nous étions que trois femmes partantes et que je ne me suis pas battue pour cette place.
Globalement, je suis quand même très satisfaite de cette course et des progrès. Il y a encore des choses à revoir, notamment la gestion de mon sommeil, mais ce n’est que mon 2ème ultra, alors je prends les progrès. C’est grâce à ce genre de course que je me rends compte que j’aime l’ultra, j’aime les rebondissements, le changement de mindset, le côté aventure et débrouillard, la découverte de nouveaux endroits, la difficulté de la longue distance. C’est ce que j’aime et j’ai hâte de continuer à évoluer dans ce milieu.
Merci à toutes les personnes qui m’ont encouragé tout au long de ma course, merci à mon coach pour la préparation et le soutien également durant la course.
Merci d’avoir lu jusqu’ici. A très vite !
Crédit photos : @etiennebenier @mariona_morral @raceacrossseries.europe